Petit lexique du base jump

Sans titre.001Voici un petit lexique que j’ai écris pour aider les non-baseux à comprendre les discussions de leurs congénères évolués. Ce n’est qu’un début, je le complèterai au fur et à mesure.
N’hésitez pas à proposer d’autres définitions dans les commentaires.

180 : C’est lorsque la voile s’ouvre à 180° à l’ouverture, orientant ainsi le baseux dans la direction de l’objet qu’il saute. Le 180 a des conséquences très douloureuses, voir mortelles lorsque le base jumper n’a pas le temps d’éviter l’objet vers lequel il est désormais dirigé. Personne n’a envie d’avoir un 180, mais tout le monde en est victime un jour ou l’autre. Comme dirait Johnny Utah : «The 180 will come» et il vaut mieux se préparer à agir vite pour minimiser les dégâts le jour ou la situation se présentera.

3, 2, 1 BASE : Décompte généralement donné par le baseux avant de pousser vers le vide. Le mot «BASE» est parfois remplacé par un autre mot rigolo tel que «Youpi», «Cui-Cui», «Mongolien» ou encore «Levrette».

A

Aerials : «Accro» en français, on parle d’aerials lorsque le base-jumper fait une figure en sautant, tel que le backflip, frontflip, gainer, barrel ou le tout mélangé. Lorsqu’un débutant fait ce genre de figure, on parle de «cassage de gueule» puisqu’il faut que l’acrobatie soit volontaire pour mériter l’appellation d’aerial.

AG : Assemblée Générale de l’Association de Paralpinisme. Cet évènement annuel se tient généralement au Jorjane et a pour but de réunir les baseux français pour discuter de l’avenir du sport et aiguiller les débutants qui cherchent à découvrir le BASE Jump. L’AG est le lieu de toutes les engueulades et règlements de comptes, mais une fois la nuit tombée, la bière réconcilie et les sauts du lendemain scellent de nouvelles amitiés.

Arbrissage : Atterrissage dans un arbre. L’abrissage est souvent comique pour les personnes y assistant de l’extérieur, mais le baseux qui arbrit apprécie généralement peu l’aventure : l’arbre étant généralement plus solide que le corps humain, l’expérience est désagréable, et les branches ont une fâcheuse tendance à trouer les voiles, pour le plus grand bonheur des revendeurs de Ripstop.

Association de Paralpinisme : Association française qui gère les relations avec les autorités, entretient une base de données permettant de réunir moult connaissances, et nous permet (entre autres) d’avoir une des assurances les plus avantageuses du monde pour la pratique du saut de falaise (cocorico !).

B

Base Jump : Sport débile qui consiste à sauter d’un point fixe appelé «objet» muni d’un parachute. Le mot BASE est l’anagramme anglo-saxon des quatre types d’objets sautés  par les base jumpers : Building, Antenna, Span (pont), Earth. Puisque la chasse aux anglicismes est à la mode, nous devrions plutôt parler de PIAF Jump (Pont, Immeuble, Antenne, Falaise).

B.A.S.E Number : Numéro attribué par ordre chronologique aux baseux ayant sauté les 4 objets de l’anagramme qui forme le mot base. Pour certains ce numéro n’est qu’une forme de vantardise inutile, pour d’autres il lie chaque base jumper à l’histoire du sport. L’auteur de ce lexique aurait pu être BASE #1664 s’il avait attendu 12 numéros de plus, et il s’en mord les doigts chaque jour.

Bière : Médicament non remboursé par la Sécu, mais néanmoins essentiel pour la récupération musculaire après une journée de sauts. Selon un certain Julien C. «La bière, ça aide à survivre aux impacts», mais l’exactitude de cette théorie n’a pour l’instant pas pu être scientifiquement démontrée.

Blue Sky, Black Death : Expression utilisée pour montrer le paradoxe de cette activité qui offre des moments merveilleux (blue sky) mais qui cache un côté sombre (black death).  On la retrouve souvent sous la forme de l’anagramme «BSBD» qui remplace le «RIP» lors du décès d’un autre base jumper.

Parfois, «Black Death» est utilisé pour désigner une situation dangereuse : «Il a totalement foiré son exit, il s’est retrouvé tête en bas, la gueule dans les dalles tout le long du saut… c’était black death !».

Boîte : La boîte n’est pas uniquement la dernière demeure du base jumper. On parle de «prendre une boîte» lorsque le baseux rate son exit et se retrouve dans une position délicate, voir foireuse (sur le dos, tête en bas, etc). Si le baseux ne récupère pas sa boîte, il a de fortes chances d’y finir.

But (se prendre un…) : Rester bloqué sur un exit à cause des conditions météo. La personne qui se prend un but aurait mieux fait de rester au bar.

E

Erich Beaud : Papa du base jump en France, c’est lui qui a apporté l’activité en terre tricolore en réalisant le premier base Hexagonal depuis «le Marteau». Plutôt modeste, le bonhomme nie avoir toute autorité dans le monde du base, mais il faut avouer qu’au sein de cette communauté de grandes gueules, il est souvent le seul à obtenir le silence sans avoir besoin d’élever la voix.

Exit : Endroit d’où l’on saute, l’exit se trouve au sommet de l’objet. C’est la piste de décollage du baseux.

Extracteur : Communément appelé «poignée» par le néophyte ou «courroie» dans la version québécoise de Point Break, l’extracteur est une sorte de petit parachute relié à la voile du parachutiste. Rangé dans une pochette à l’arrière du harnais, il est jeté dans le flux d’air par le parachutiste. Son gonflement provoque une traction sur la drisse, permettant ainsi l’ouverture du sac et l’extraction de la voile.

F

Fatality List : Liste recensant toutes les personnes décédées suite à un accident de base jump. La lecture, déprimante mais nécessaire, de cette liste permet à chacun d’apprendre des erreurs des autres et rappelle que personne n’est invincible. Merci de ne pas y ajouter votre nom.

Finesse (aérodynamique) : Rapport entre la distance horizontale parcourue et la distance verticale parcourue.

Ex : Si un wingsuiter a une finesse de 3, cela signifie qu’il avance de 30 mètres à chaque fois qu’il perd 10 mètres de hauteur.

La méthode à utiliser pour connaître la véritable finesse d’un base jumper est similaire à celle utilisée pour connaître la taille de sa bite : il faut prendre la finesse qu’il déclare et la diviser par deux.

Finesse (humour) : Prout !

French Base Association : Communément appelé «FBA», ce forum très fréquenté par les baseux français est souvent confondu avec l’Association de Paralpinisme, au grand dam des membres de cette dernière. On y trouve de nombreuses informations et discussions techniques, mais aussi beaucoup de débutants souhaitant démarrer le base jump via internet.

Le débutant y poste souvent une première présentation remplie d’un entrain que les anciens du forum se plaisent à détruire à tour de posts. La lapidation publique est ensuite interrompue par l’administrateur du forum, qui décide ou non d’achever le débutant agonisant par un signe de pouce impérial ! Yiiiiiiihaaaaa !

G

Gainer (mot anglais, prononcer «Gay Neure»): Acrobatie consistant à sauter vers l’avant en envoyant le corps vers l’arrière afin d’effectuer un tour complet. C’est l’aerial le plus courant.

Glisseur : Pièce de tissu rectangulaire qui glisse de haut en bas le long des suspentes afin de temporiser l’ouverture de la voile. Lors des sauts où l’on atteint la vitesse terminale, on met le glisseur en haut afin d’éviter la désintégration du baseux à l’ouverture du parachute, tandis que lors des sauts bas avec peu de délai, on le laisse en bas des suspentes afin d’obtenir une ouverture franche et immédiate.

C’est pour cela que l’on parle de sauts «glisseur haut» ou «glisseur bas».

H

Horner Pub : Haut lieu du village de Lauterbrunnen squatté par tous les baseux de passage, ce pub fait office de salle de débriefing video, de restaurant, de boite de nuit, de centre de rééducation, de cybercafé et accessoirement de bar. Tout individu montant à l’étage du Horner après 23h en ressort 4h plus tard saoul comme une vache et dépouillé des pièces de monnaie qu’il a inséré machinalement dans le vieux juke-box qui diffuse allègrement les meilleurs tubes de Pendulum, des Backstreet Boys et de Britney Spears.

J

Jorjane : Restaurant/Auberge des Gorges de la Bourne, le Jorjane est un repaire de baseux et de motards. Il accueille par ailleurs chaque année l’AG de l’Association de Paralpinisme.

Le patron, George, fait office d’intermédiaire entre les baseux et les habitants de la région, apaisant ainsi les esprits lorsque le climat est tendu. Toute personne goutant les ravioles du Jorjane est automatiquement expédiée au 7ème ciel, et c’est pas des conneries !

L

Lauterbrunnen : Petit village suisse pittoresque situé dans une vallée encadrée par deux falaises. Lauterbrunnen est le Disneyland du base jump puisque le décor est joli et les sauts faciles d’accès. Des baseux du monde entier s’y retrouvent chaque été, on estime qu’il s’y fait 15 000 sauts de base par an.

Lineover : C’est lorsqu’une suspente passe par dessus la voile à l’ouverture, la cisaillant ainsi en deux de telle sorte qu’elle prend la forme d’un joli papillon qui tourne sur lui même jusqu’à impacter le sol à une vitesse qui laisse peu de chance de survie au bonhomme qui regrette pendant toute la descente d’avoir bâclé son pliage et de ne pas avoir investi 100€ dans des commandes libérables.

Lisse : Fait de tracker avec des vêtements normaux (jean, short, string) sans utiliser d’accessoires tels que le trackpantz ou la wingsuit.

M

Marsupilami : Animal imaginaire affectionné par l’auteur de ce lexique, le marsupilami n’a aucun rapport avec le base, mais c’est mon lexique alors j’y met ce que je veux et si vous zêtes pas contents c’est pareil !

Marche arrière (faire) : Acte intelligent qui consiste à renoncer à un saut lorsqu’on ne le sent pas, quelles qu’en soient les raisons. La marche arrière fait mal à l’égo, mais elle a sauvé plus de gens qu’elle n’en a tué.

Mentor : Base jumper expérimenté qui accompagne un padawan sur ses débuts dans l’activité après l’avoir exploité pendant des mois en lui faisant faire des navettes. Le rôle de mentor nécessite une grande expérience en base et entraine beaucoup de responsabilités.

Meuf : Compagne du base jumper, la meuf est heureuse de sortir avec un mec original, puis elle devient insupportable à partir du moment ou elle réalise que le temps et l’argent de son compagnon sont entièrement investis dans la passion de ce dernier. Véritable entrave à la liberté, la meuf est chiante, coûteuse et chronophage. Il est conseillé de s’en débarrasser afin de profiter pleinement des joies qu’offre l’activité.

N

Navette : Corvée du débutant désirant se faire bien voir, la navette consiste à monter les base jumpers en voiture jusqu’en haut de la montagne puis à redescendre le véhicule sans le cartonner dans un des virages qui mène jusqu’au bar du coin.

O

Objet : Point fixe sautable, l’objet peut être un pont, une antenne, une falaise, un immeuble, mais aussi une éolienne, un câble de téléphérique, une cheminée d’usine… Comme dirait Carl Boenish : «The whole world is jumpable».

Orientation : Angle prit par la voile à l’ouverture, avec des conséquences plus ou moins embêtantes selon l’importance de cet angle.

Ex : si une voile s’oriente à la perpendiculaire de l’axe d’ouverture, on parle d’une orientation à 90°. «Il a eu une orient’ à l’ouverture, du coup il a tapé l’antenne».

Ouverture (de parachute) : Évènement rassurant lors d’un saut de base.

Ouverture (de spot) : On parle d’ouverture lorsqu’un objet est sauté pour la première fois. L’ouvreur écope de la lourde responsabilité de donner un nom au spot et d’en décrire les caractéristiques afin qu’il soit ajouté au Topo. Souvent, le nom du spot est en rapport avec une anecdote concernant l’ouverture ou l’ouvreur. Peut être qu’un jour vous connaitrez l’origine des appellations marrantes telles que Couillu le Caribou ou encore Essemi.

P

Parachute : Le parachute est composé d’une voile rangée dans un harnais auquel le base jumper est accroché. Il existe quelques exemples de personnes ayant survécu à une chute sans utiliser cet accessoire, mais les statistiques sont formelles : l’utilisation d’un parachute augmente considérablement les chances de survie lors de sauts dépassant les 50 mètres.

Paralpinisme : Base jump amputé de sa pratique urbaine, le paralpinisme est l’association du parachutisme et de l’alpinisme. Certains baseux préfèrent se définir comme paralpinistes car ils ne se reconnaissent pas dans la pratique du saut urbain.

PCA : On parle de saut en «Pilot Chute Assist» lorsqu’une personne située sur l’exit déclenche l’ouverture du parachute en tenant en main l’extracteur de la personne qui saute. Souvent utilisée pour le premier saut des padawans, cette méthode permet au sautant de se concentrer sur sa position de saut sans être dérangé par la gestion de l’ouverture. Par ailleurs, le déploiement quasi immédiat de la voile ne laisse pas le temps aux éventuels problèmes (position, orientation) de prendre des proportions dramatiques.

Piège : Parachute

Proximity Flying : Vol de proximité, consiste à voler au plus près du relief.

R

Rangé : Contrairement au départ «à la main», le saut rangé se fait avec l’extracteur plié dans la pochette située à l’arrière du harnais. Le débutant est souvent terrorisé à l’idée de ne pas trouver sa poignée lors d’un départ rangé, mais comme dirait Erich Beaud : «N’importe qui est capable de trouver son cul… la poignée se situe juste au dessus !»

Rockdrop : Temps de chute vertical disponible avant d’atteindre le premier point impact à partir d’un exit. On peut le calculer en temps ou en hauteur. Il tire son nom du fait qu’on le mesure en lançant un caillou afin d’estimer le premier point d’impact.

Le rockdrop est mesuré verticalement et ne prend pas en compte le phénomène de dérive.

Ex : Sur une falaise de 1000 mètres, si un caillou lâché tape un obstacle après 6 secondes de chute, on dit que le rockdrop est d’environ 6 secondes, ou de 155 mètres. Toute personne faisant un saut sans tracker devra ouvrir avant cette hauteur sous peine de salir une falaise qui n’a rien demandé. Cependant, une personne capable de commencer à dériver avant 155 mètres pourra continuer son vol après ce point d’impact.

Rollover : Consiste à laisser pendre sa voile ouverte dans le vide depuis l’exit avant d’envoyer un front flip par dessus. Prisé par les flemmards qui n’ont pas envie de replier leur voile, ce type de saut a le mérite de faciliter le travail des ambulanciers en cas d’accident, puisque le baseux est directement emballé par la voile dans laquelle il est tombé.

S

Slidergate : Tailgate cousue sur le glisseur afin de diminuer le risque de lineover lors d’un pliage glisseur haut. Le slidergate n’est pas encore utilisé par tous, mais Riquier travaille dur afin de convertir les derniers récalcitrants.

Smokepantz : Trackpantz fait maison, le smokepantz tire son nom des entrées d’air faites à la cigarette dans des pantalons larges à une époque ou les trackpantz n’étaient pas développés par des équipementiers reconnus.

Stashbag : Sac informe dans lequel le base jumper entasse son matériel avant et après le saut. Le contenu du stashbag change en fonction de la nationalité du baseux : il contient un parachute, un trackpantz et une paire de protèges tibias chez les américains. Le français, lui, néglige l’utilisation des protèges tibias et préfère laisser de la place pour emmener un bon saucisson aux noisettes et une tome de Savoie.

Static line : La static line est un système reliant le parachute à l’objet sauté, permettant ainsi une ouverture automatique. La static line est le PCA du solitaire.

Strato (ouvrir) : Tirer trop haut, à une hauteur stratosphérique. Contrairement aux idées reçues, tirer haut en base n’est pas gage de sécurité (tirer trop bas non plus… mais n’ouvrons pas le débat : c’est un lexique, pas un cours théorique).

T

Tailgate : Petit bout de cordelette passé autour de certaines suspentes afin d’éviter le risque de lineover lors de sauts glisseur bas. Les américains utilisent parfois un bout de scotch et certains baseux se sont aventurés à tresser des tailgates avec des brins d’herbe qu’ils auraient mieux fait de fumer.

TARD : Saut avec la voile tenue à la main. Inutile mais rigolo !

Topo : Document édité par l’Association de Paralpinisme mettant à disposition toutes les informations concernant les falaises sautables.

Tracker : Avancer en utilisant la position de son corps. La track peut se faire en lisse ou en trackpantz.

Trackpantz : Vêtement pressurisée permettant au baseux d’augmenter sa surface sur l’air et ainsi d’améliorer sa finesse. Contrairement à la wingsuit, le trackpantz a la forme du corps humain et permet d’être totalement libre de ses mouvements.

Un philosophe célèbre a déclaré «Je pantz donc je suis», mais une faute de frappe aurait faussé sa phrase et induit en erreur plusieurs générations d’étudiants.

Twists : Souvenez vous ! Vous aviez 4 ans et pensiez avoir totalement exploité le potentiel de la balançoire du jardin d’enfants où votre nounou vous emmenait le mercredi après midi, lorsque soudain, vous avez décidé d’innover en faisant tourner le siège sur lui même jusqu’à ce que les deux chaines attachées de part et d’autre soient totalement torsadées. Ensuite, vous vous laissiez tourner jusqu’à en avoir a gerbe et profitiez pendant 10 secondes de l’euphorie apportée par la sensation de tournis… Bah les twists c’est pareil, sauf que ça se passe sous un parachute, à 100 mètres de haut et qu’en fait ça ne fait rire personne !

V

Vase Jump : Discipline marginale inventée par Pierre B. au Bournillon puis améliorée par un jeune baseux lors d’un saut de pont qui fit la Une des médias en avril 2013.

W

Wingsuit («Ah tu fais du base jump ? Le truc avec les ailes ! Mais du coup tu fais comment pour atterrir ?»): Appelée «flyingsuit» ou «tenue d’écureuil volant» par le néophyte mal informé, la wingsuit est une combinaison à ailes pressurisée qui permet d’allonger la durée de vol et d’atteindre une finesse de 3. L’utilisation d’une wingsuit ne permet en aucun cas d’atterrir sans utiliser de parachute (sauf dans le cas de Reiner et de Gary, mais c’est une autre histoire).

L’apparition de la wingsuit dans les médias incite à croire qu’il faut enfiler un tapis volant pour être un vrai baseux, mais cette pratique n’est qu’une des multiples disciplines du base jump.

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Encore une soirée débile…

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«Man ! Man réveille toi ! «

- Uuuuurgh !?»

- Man j’ai besoin de toi… on a eu un souci !»

En général toute personne me réveillant est gratifiée automatiquement d’une gifle et d’un rôt sonore, mais l’intonation et la voix d’Hugues m’indiquent que la situation est urgente et que l’heure n’est pas aux querelles de colocation ! Toutefois, avant de continuer mon récit, il faudrait que je vous raconte ce qu’il s’est passé durant les heures précédentes :

 23h00  «Putain les gars, on est à la neige, il est à peine 23h… on va pas se vautrer devant un film comme trois grosses merdes ?»

C’est par cette phrase anodine que tout a commencé. Il faut dire qu’Hugues n’avait pas tort : pourquoi s’endormir lamentablement quand on est au milieu d’un énorme domaine skiable et qu’il y a de la peuf à ne plus savoir qu’en faire ?

23h01 Pris d’une motivation soudaine, nous décidons de bouger nos trois culs et d’aller faire de la luge sur les pistes de la station, mais pas trop longtemps «comme ça demain on se lève tôt et on est en forme» !

Ni une ni deux, nous nous engouffrons dans la Dirtymobile (une Mondeo non assurée qu’on a emplâtré dans la moitié des murs de La Plagne et qui conserve une forte odeur de lacrymo, souvenir d’une soirée que je ne peux vous raconter sans risquer la prison) avec nos trois luges et montons le plus haut possible afin de profiter d’une descente au clair de lune !

La luge de nuit sur piste c’est fun, mais plus dangereux qu’il n’y parait : on atteint rapidement les 80km/h avant de se gameller, et telle la tartine tombant toujours du coté du beurre, la luge s’arrange généralement pour que les barres en métal qui servent de frein vous rentrent dans les côtes !

00h47  Après plusieurs descentes, nous décidons d’augmenter le niveau de débilité : munis d’une voile de speedriding, nous tentons de décoller en luge entre un télésiège et la barrière du snowpark. Malgré plusieurs tentatives, Hugues et Pollux ne récoltent que des bleus tandis que je les encourage à grands coups de fous rire en voyant le mélange de bras et de jambes jaillir de la poudreuse à chaque crash.

01h53 Fatigués et meurtris, nous décidons de redescendre jusqu’à notre résidence, parcourant les 2km de piste puis les 500m de route verglacée sur nos fidèles destriers écarlates.

2h10 Je me couche pendant qu’Hugues et Pollux remontent avec la voiture du premier pour aller chercher celle du second, abandonnée en haut de la montagne. On s’est bien défoulés et cette nuit de sommeil va être parfaite !

2h45 «Man ! Man réveille toi ! 

- Uuuuurgh !?»

- Man j’ai besoin de toi… on a eu un souci !»

- Euuarrgh !?»

- On faisait du stock-car avec Pollux, j’ai fais une sortie de route, ma bagnole est plantée sur une piste et je trouve plus l’autre connard…. faut que tu m’aides à le retrouver, puis faut qu’on sorte ma caisse de la piste !»

Le réveil est dur, mais des fois il faut se dépasser : non pas que la disparition de mon abruti de coloc’ m’attriste ou que mon altruisme me pousse à aider le chevelu à remonter sur la route… mais l’idée de voir la caisse de Zorlianges plantée dans la piste me fait marrer et m’aide à trouver l’énergie suffisante pour m’habiller et sortir par cette nuit ou le thermomètre affiche -28°C.

A peine sortis de l’immeuble, nous voyons Pollux arriver au volant d’une Dirtymobile encore plus défoncée que la version que nous connaissions. Il a le regard fou, le sourire idiot et arrête la Mondeo défoncée devant nous : la partie avant droite de la voiture a disparue, l’aile est enfoncée et le phare fait indéniablement la gueule.

«Zorlianges t’étais où ? Je me suis aperçu que tu me suivais plus, je me suis dis que tu t’étais planté, du coup je suis retourné pour t’aider, mais dans la précipitation je me suis tarté dans un mur… D’ailleurs faut que vous m’aidiez à récupérer les morceaux de caisse que j’ai laissés sur place»

03h20 Nous avons récupéré les bouts de pare-choc encore incrustés dans le mur de glace et nous sommes désormais devant la voiture de Zorlianges. Le constat est sans appel : on ne pourra jamais sortir une 106 plantée dans la poudreuse d’une piste bleue… donc nous allons devoir «descendre toute la piste jusqu’au village, puis remonter pour aller chercher la caisse de Pollux en haut, et ensuite on va pioncer ! Ca va l’faire les gars !»

03h54 Nous déterrons pour la énième fois la voiture qui s’enfonce dans la poudreuse tous les cinq mètres… Cette soirée commence à être reloue, et nous insultons mutuellement nos mères pour montrer notre désapprobation face à la tournure des évènements.

04h07 Une bande de mecs qui dégagent une forte odeur de substance champêtre passent en luge à coté de nous. Après quelques explications, ils décident de nous filer un coup de main.

04h09 « YEAAAAAAAAAAAAAAAAAH !» La voiture décolle de la poudreuse ! Je prend place à l’avant tandis que Pollux se jette dans le coffre. Hugues, qui a ordre de ne plus ralentir afin de ne pas se renfoncer dans la peuf, appuie à fond sur la pédale. La 106 dévale la pente à pleine vitesse pendant que nous hurlons de joie ! Un fou rire monumental me gagne alors que nous passons à coté de la zone des Piou-Piou… on est cons mais c’est trop bon ! Cette galère prend fin et nous allons enfin pouvoir dormir… enfin presque ! Car devant nous se dresse un ultime obstacle : la pente qui mène au front de neige.

Imaginez le tableau : une 106 lancée à 80km/h sur une piste de ski. A la fin de la piste : une bosse. Derrière la bosse : une pente raide de 5 mètres. Derrière la pente raide de 5 mètres : 60 mètres de neige tassée qui mène aux vitrines des magasins du village.

Hors de question de ralentir : si on reste bloqués dans la poudreuse, tous les toxiclopeurs qui allument leurs mèches devant la boite de nuit vont nous voir et on se retrouvera avec les flics sur le dos avant même d’avoir déneigé une roue avant.

Hugues a désormais l’oeil du tigre et accélère vers la bosse pendant que mon fou rire joyeux se transforme en rictus nerveux. La bosse se rapproche, le moteur rugit et la voiture décolle… Le temps s’arrête… dans un film, ça serait le moment de lancer une page de pub pour laver le cerveau du consommateur alors qu’il attend docilement la suite de l’histoire. Mais c’est la réalité et il n’y a pas de pub… non… par contre dans la réalité il y a un mec bourré qui titube au milieu de la pente, pile dans l’axe de la voiture dont les roues ne touchent plus le sol.

Cet homme va mourir, et nous allons devenir des meurtriers… en fait non, car ce n’est pas un meurtre, nous ne pouvions pas prévoir qu’il serait là, tout comme il ne pouvait pas savoir qu’une 106 volante arriverait des pistes pour lui tomber sur la gueule ! Il est innocent et nous le sommes aussi… nous sommes tous les quatre victimes d’un malheureux accident. Cet homme va mourir, et on ne sera même pas de dangereux meurtriers… juste d’irresponsables blaireaux ! Amen !

4h09min56sec Un miracle se produit lorsque le soûlard va chercher dans son foie (laissons la foi aux cathos) le peu de force qu’il lui reste et se jette sur le coté avant que la caisse n’ait le temps de répandre sa matière cérébrale imbibée sur la neige fraichement damée du front de neige de Plagne Bellecote.

La voiture atterrit, le mec bourré se ramasse et nous hurlons de joie en réalisant que nous n’iront pas en prison. Hugues tire le frein à main… et le temps s’arrête à nouveau : les roues de la voiture sont bloquées…. sauf que la voiture est encore lancée à 80km/h en direction de la première vitrine du village. Pas n’importe quelle vitrine : la vitrine du magasin ou Pollux et moi travaillons !

Cette voiture va traverser la vitrine, et nous allons être licenciés. Je vois déjà Pascal, notre patron, découvrir la 106 au milieu des racks de Salomon BBR détruits dans le magasin amputé de sa vitrine… Rolala je sens qu’il va pas être content ! Ah bah là c’est sur qu’on va se faire virer hein ! Putain… je suis même pas foutu de garder un simple job alimentaire saisonnier ! Je finirai chômeur et délinquant… ou pire : témoin de Jéhovah ! Bref, inutile de tergiverser : je me suis encore mis dans la merde, sauf que cette fois on est plusieurs !

La voiture glisse inexorablement vers la vitrine… je tente de crier «Rock’n Roll» pour qu’on se cartonne avec classe, mais le seul son qui sort de ma bouche est «Yeeeueuhrh».

4h10min07sec Dieu prouve qu’il existe et qu’il aime les abrutis en provoquant un deuxième miracle : l’arrière de la voiture en glisse frôle la vitrine du magasin sans le toucher, puis les pneus raccrochent sous les yeux médusés des clients de La Souris Verte qui clopent sous le porche. La voiture s’arrête :

«On a failli tuer un mec

- On a failli perdre notre boulot !

- On a failli tuer un mec !

- On a presque perdu notre boulot !

- Putain s’il s’était pas poussé on l’aurait tué !

- Putain mais on aurait fait comment si on avait perdu notre boulot ?»

La suite est assez calme : nous sommes repartis chercher la voiture de Pollux, nous avons fait deux tête-à-queue en redescendant, puis nous sommes allés nous coucher vers 5h en promettant de ne plus jamais nous laisser entrainer dans un tour de luge. Comme dirait Hugues, le pire dans tout ça, c’est que nous n’avions pas consommé une seule goutte d’alcool ! But anyway, it was just another classic day at the office !

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Les recherches Google sont fantastiques !

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Je viens de découvrir dans l’outil statistique de WordPress la fonctionnalité qui permet de savoir quels mots-clés ont été tapés sur Google par les gens qui ont cliqué sur mon site. Ils sont nombreux, mais j’en ai sélectionnés quelques-uns que je classe en deux catégories :

Les classiques

- David Laffargue

- David Laffargue base jump

- David Laffargue Vélib’

- David Laffargue vidéo

- David Laffargue Youtube

Les autres

- David Laffargue bar cheveux (il va vraiment falloir que j’arrête de m’enflammer la tignasse quand je suis bourré)

- David Laffargue coupe de cheveux (ça c’est les mecs qui ont trouvé des images de moi lors de la première recherche et qui veulent s’assurer que j’ai encore des poils sur le caillou)

- Chinoise qui ouvre une bouteille avec sa chatte (serait-ce une première piste vers l’élucidation du mystère de ma soirée à Guangzhou ?)

- Je recherche des sites sur lesquels je vais trouver des adresses électroniques des personnes qui ont besoin d’un prêt d’argent (mon nom doit tourner dans des réunions de banquiers où l’on s’échange les clients qui paient plein d’agios… comme le jeu des 7 familles, mais avec des pigeons)

- Branleur qui rôde devant ma voiture (c’est sûrement moi, mais je suis étonné que Google soit au courant)

- Le gars dans vidéo pull vert David (vous commencez à me gonfler avec mon pull vert, ça ne fait qu’un an et demi que je le porte et je l’aime encore beaucoup)

- Putain de connard de google, pourquoi tu me mets pas en première position sur tous mes mots clés bordel (y’aurait-il un autre David Laffargue qui cherche à améliorer son Google Ranking ?)

- Tout est bon à sauter (cette phrase a été prononcée moult fois par Laffargue-fils dans le cadre du base-jump, et par Laffargue-père dans le cadre de soirées très arrosées… comment savoir à qui s’adressait cette recherche ?)

- Eviter les recruteurs de donateurs / Technique recruteur de donateur / Recruteur de donateur, connards (moi aussi je me suis fais enfler, mais ne vous inquiétez pas : on les aura !)

- Parfois tu te retrouves dans une situation de merde (et souvent tu t’en sors… c’est l’histoire de ma vie)

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Le recruteur de donateur, ce fourbe !

Ils sont à chaque coins de rue, à chaque sortie de métro, bien visibles, vêtus de leur K-way fluos qui les rendent repérables à des kilomètres… et pourtant personne ne les voit ! Ou du moins on fait semblant de ne pas les voir ! Les regards fuient, les chemins se détournent, les pas s’accélèrent : chacun a sa technique pour échapper au recruteur de donateur, car il sait qu’une fois alpagué, il se fera avoir !

Il faut dire que le recruteur de donateur connait toutes les techniques pour te faire signer son papelard : un sourire de sympathie quand il t’aborde, un débit rapide pour que tu ne puisses pas en placer une mais un discours assez long afin que tu finisses par donner pour avoir la paix, le tout enrobé d’une bonne volonté qui dégouline sur les photos des enfants malade qu’il t’agite sous le nez. Et puis honnêtement : qui oserait envoyer chier un mec qui cherche à aider les enfants malades, les handicapés, les personnes atteintes du SIDA, les mal logés, les SDF, les victimes de la faim et autres malchanceux? La seule façon d’échapper au discours du recruteur, c’est de tracer sa route avec un regard méchant sans répondre à ses sollicitations.

Jeudi 15h, je retire de l’argent au distributeur de ma banque. J’ai échappé au recruteur affublé de son K-way orange grâce à mon regard de mec vénère. J’insère ma carte bleue, la machine me demande mon code et je tape machinalement le 4259 pendant que Casimir aborde une femme avec son sourire rempli d’amour et de compassion. La femme l’envoie chier avec une véhémence hors du commun et je ne peux m’empêcher de condamner mentalement un comportement aussi grossier. Derrière moi le mec a un soupir attristé et marmonne quelques mots à mon attention. J’ai à faire donc je n’ai pas le temps de lui parler… mais d’un autre coté ça ne doit pas être évident de se faire envoyer chier toute la journée dans le froid. Bon, je vais me retourner et lui dire un truc sympa pour le réconforter… après tout je peux être gentil sans forcément me faire embobiner par son charabia ! Je prend mes billets et me retourne.

Jeudi 15h15, je suis immobile dans la rue. Je regarde, incrédule, mon reflet dans la vitrine d’un salon de coiffure. C’est le reflet d’un jeune homme de 24 ans vêtu d’un pull vert…. le reflet d’un jeune homme de 24 ans qui tient à la main une feuille bleue témoignant de sa participation à une oeuvre de charité dont il ne connait même pas le nom.

Ah le fils de pute ! Il m’a eu ! Je sais pas vraiment comment ça s’est passé, mais il m’a eu comme un bleu ! Je me suis fais embobiner par son discours rodé ! Ma méfiance s’est faite terrasser par ses techniques de persuasion qui relèvent d’un mélange d’arts martiaux et de marketing sauvage !

Moi, David Laffargue, gagnant du record d’endettement juvénile, débiteur notoire et candidat prometteur à l’interdit bancaire, j’ai signé un papier autorisant un prélèvement mensuel de 10€ afin d’aider je-ne-sais-qui pour une durée indéterminée ! Bordel, je suis vraiment un naze sans volonté ! Et l’autre a déjà disparu !

Je rentre chez moi et tape le nom de l’association… Il s’avère que je participe à la vaccination d’enfants à travers le monde : première nouvelle ! Bon, au moins l’asso existe, est reconnue et semble assez honnête au vu des articles de journaux qui en font l’éloge.

En haut de la page il y a un onglet pour les personnes désirant annuler leur participation, bah tiens ça tombe bien ! Je clique… je réfléchis… je referme la page. Après tout, pourquoi  ne pas se priver d’un gros repas au Mc Do, d’un tiers de saut d’avion ou de deux pintes en happy hour si ça peut aider à vacciner un gamin? Et puis avec toutes ces discussions sur le karma qu’on a eu entre base-jumpers, je me dis qu’il vaut mieux mettre toutes les chances de son coté avant un base trip de trois jours !

Chers recruteurs de donateurs, jamais plus je ne vous adresserais la parole, mais il faut voir du positif dans chaque expérience et je compte bien tirer profit de celle ci : désormais, face aux menaces de ma banque et de mes créanciers, je pourrais répondre que si je suis dans l’impossibilité de les rembourser, c’est parce que je m’investis trop dans l’humanitaire.

Pour 10€ par mois, je possède désormais un papier de donateur qui, accompagné d’une larme et d’un regard de chat potté, sera beaucoup plus convaincants que mes excuses habituelles… et ça, ça n’a pas de prix !

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40 millions de chinois, et moi, et moi, et moi !

«Tchaid oig doin ! Ni au ma ! Sha wa dai» sont les sons qui me tirent du sommeil profond dans lequel je suis plongé. Ils proviennent de la bouche d’une vieille chinoise qui vend des pattes de poulet à même le sol, à trois mètres de l’endroit ou je suis allongé. Je referme les yeux… qu’est ce que c’est que ce bordel? J’essaye de comprendre ce que je fous là, mon cerveau m’envoie des flashs de la soirée d’hier : nous étions six ! Six jeunes français complètement idiots se bourrant la gueule avec un Saké frelaté dans l’appartement qu’ils partagent dans la ville de Guangzhou, en Chine. Je me souviens de Jérôme criant «Allez on va en boite !» pendant que nous faisions de l’escrime avec les morceaux des meubles que nous cassions petit à petit dans l’appartement… et puis plus rien ! Black out !

Je réouvre les yeux, l’espèce de sorcière a cessé de parler à ses pattes de poulet et m’adresse une phrase incompréhensible en rigolant. Je ne comprend pas le chinois, mais je sens qu’elle se fout de ma gueule… et il y a de quoi : je suis allongé sur le trottoir d’une ruelle glauque dans un quartier inconnu, mon T-Shirt laisse apparaitre des traces de transpiration qui feraient pâlir les spécialistes en R&D de l’industrie du déodorant, j’ai la bouche pâteuse et un éléphant qui fait de la corde à sauter dans mon crâne. Je me lève, le dos endolori par le bitume, et porte la main à mon front… ARRRRGH ! Ca pique ! Je me retourne et regarde mon reflet dans une vitrine de magasin : il me manque de la peau sur la moitié du front, l’autre moitié est couverte de cloques immondes et des touffes de cheveux manquantes laissent apparaitre la peau de mon crâne à divers endroits. Dans un magasin, une horloge indique 9h30… mes derniers souvenirs remontent à environ 23h30.

Bordel mais que s’est-il passé? Les autres me le raconteront, en attendant il faut que je rentre à l’appart’ ! Je monte dans un taxi, et là, l’horrible vérité apparait : j’ai perdu le papier ou était marqué mon adresse ! Il faut dire que le nom à rallonge de la rue ou nous habitons ne permet aucune prononciation claire, et que l’incapacité des chauffeurs de taxi à lire notre alphabet nous a poussé à tous nous balader avec un bout de papier sur lequel notre adresse est inscrite en idéogrammes chinois. Sans ce bout de papier nous sommes perdus… et en l’occurrence je suis perdu ! Le taxi s’impatiente et je décide de redescendre  en ignorant le torrent d’injures qu’il déverse avec une fluidité digne du flow d’Eminem et le débit d’un Louis de Funès sous acides.

Je me rassois à coté de ma vendeuse de pattes (il n’y a qu’en Chine que je peux orthographier «pattes» avec deux «t» dans un tel contexte) et tente d’analyser la situation :

- Je suis dans la ville de Guangzhou (du moins je l’espère).

- Cette ville compte 11 millions d’habitants.

- Elle fait partie d’une énorme mégalopole qui rassemble un peu plus de 40 millions de personnes, soit l’équivalent des deux tiers de la population française.

- La plupart des gens qui habitent cette ville ne comprennent pas un mot d’anglais.

- Je suis perdu.

"Merde" est le seul mot qui me vient à l’esprit ! Mais je décide quand même de monter dans un taxi et de le guider à l’aide d’une des rares indications que je suis capable de donner en chinois : "tout droit" ! Peut être qu’en traversant la ville je passerais à coté d’un immeuble que je connais et que ça me permettra de retrouver mon chemin. De toutes façons pas de panique : j’ai plein de sous en poche donc je tournerais dans la ville jusqu’à ce que je retrouve le chemin de la maison.

Une heure plus tard je ne vois toujours rien. Je descend du taxi qui me réclame une somme représentant à peine ce qu’aurait prit son homologue parisien pour un trajet de dix minutes. Cette pensée me réconforte : j’ai assez d’argent pour me débrouiller quoi qu’il arrive. Je prend un deuxième taxi et lui demande de sillonner la ville dans une autre direction… puis j’en prend un troisième… un quatrième… un cinquième…

MEEEERDE ! Il est désormais 14h et je n’ai toujours pas la moindre idée de l’endroit ou je suis ! Je décide de marcher un peu afin de réfléchir et de me dégourdir les jambes après plus de quatre heures en voiture. La situation me rend dingue ! Vu la surface de cette ville ça peut durer des jours ! Je réalise que je cherche un immeuble dans une agglomération d’une superficie 190 fois supérieure à celle de Paris ! Je vais errer comme un con jusqu’à épuisement de mon argent ! Je vais devenir fou !

Au bout de quelques minutes de marche je croise un couple d’occidentaux sur lequel je me précipite comme un assoiffé face à une oasis après plusieurs semaines dans le désert. Ce sont des russes qui parlent très mal anglais, mais tant pis… je me débrouille pour leur faire comprendre que je suis paumé et que j’aurais besoin d’une connexion internet pour contacter mes amis. Ils me demandent ce qui est arrivé à mon front. Je leur répond "accident" tout en espérant qu’ils ne me demanderont pas plus d’explications.

Je manque de pleurer de joie lorsque le mari me sort un Smartphone connecté à la 3G… je pleure de tristesse quand je m’aperçois que c’est un clavier russe ! Oui, vous m’avez bien compris : UN PUTAIN DE CLAVIER RUSSE !!! Mais pas un clavier tactile que l’on peut changer hein ! UN VRAI PUTAIN DE CLAVIER !!!! AVEC DES BOUTONS !!!! DES BOUTONS QU’ON NE CHANGE PAS !!! Mon sang ne fait qu’un tour et je me met à pester contre les différences culturelles, le cyrillique et la barrière de la langue !

Après dix minutes de bidouillage, le mec trouve un moyen d’écrire les lettres de l’alphabet romain en tapant sur les signes russes… je met quatre plombes par caractère, mais peu importe : j’ai internet ! Et là… c’est le drame : je viens de réaliser que mes deux moyens de contact, Facebook et Gmail, sont bloqués en Chine ! La femme s’impatiente… mais après les avoir dérangé pendant un bon quart d’heure je n’ose pas leur rendre le téléphone sans l’avoir utilisé. Je fais semblant d’envoyer un message, et leur rend le téléphone en souriant.

«Tout est arrangé !
– C’est loin? Tu veux qu’on t’emmène avec notre voiture?
– Euuuuuh… non, non, ne vous embêtez pas, bonne journée et merci !»

Me revoilà seul et perdu. Si je ne trouve rien à la tombée de la nuit j’irais chez les flics et je demanderais à contacter l’Ambassade Française. Ils vont bien se marrer quand ils me verront débarquer, sale comme un clochard, incapable d’expliquer ou j’habite ni comment je me suis retrouvé dans une rue glauque avec des trous sur la tête ! Je suis vraiment le roi des cons ! À cette heure-ci mes potes doivent être morts d’inquiétude et je n’ai aucun moyen de les prévenir. Peut être qu’ils ont appelé la police… peut être même qu’ils ont prévenu mon père ! Putain il doit être comme un fou ! Il va me tuer ! Je ne sais pas ce que j’ai pu boire hier, mais quand je le saurais je n’en boirais plus !

15h – j’ai un éclair de génie ! Mes collocs bossent dans l’import-export et leur site dispose d’un Chat qui leur permet de s’adresser directement aux visiteurs. Je pourrais les contacter via le site. Après une quinzaine de minutes, je trouve un gardien complaisant dans un hall d’entrée d’immeuble et arrive à lui faire comprendre par signes que je voudrais utiliser sa connexion internet (vous n’avez pas idée de la difficulté de mimer "connexion internet").

Je me connecte sur le site des potes et là bingo ! Je suis contacté par "Chantal", la porte-parole de l’entreprise ! En réalité, derrière Chantal il y a une bande de jeunes branleurs avachés sur un canapé qui se relaient pour répondre aux clients, avec une touche féminine se voulant plus accrocheuse qu’un idiot nourri à la bière.

Chantal : Bonjour ! Que puis-je faire pour vous?

Visitor127439 : Les gars ! Je suis perdu ! Il me faut l’adresse !

Chantal : Je ne comprend pas votre demande, en quoi puis-je vous aider?

Visitor127439 : Putain Johann ! C’est moi ! C’est David ! Je suis paumé, je veux l’adresse ! Bouge toi le cul, le mec veut récupérer sa connexion internet !

Chantal : David !? Oh merde ! Attend je te passe Jérôme !

Chantal : David c’est Jérôme ! Tu as de quoi noter?

Visitor127439 : Non… de toutes façons ils comprennent pas notre alphabet. Dis moi juste comment ça se prononce. Met le en phonétique !

Chantal : Ok ! Ca se prononce : Longue cou tchi lou Tiaene rey bey lou

Visitor127439 : Cimer ! J’arrive !

Je remercie mille fois le gardien et pars à la recherche d’un taxi. Surtout ne pas oublier : longue cou tchi lou tiaene rey bey lou, longue cou tchi lou iaene rey bey lou, longue cou tchi lou tiaene rey bey lou !

Un taxi s’arrête :

«Ni hao ! Me, go to : longue… cou… tchi… lou… Tiaene… rey… bey… lou…

-Hfadizuahzdazdhauhda???

-Longue… cou… tchi… lou… Tiaene… rey… bey… lou…

-Aaaaah ! Ok ok! Come ! Come !»

Youhou ! Je vais rentrer à la maison ! Alors que le taxi s’engouffre dans la circulation, j’éclate de rire en repensant à la galère que je viens de vivre. Quel idiot ! J’ai hâte de savoir ce qu’il m’est arrivé… Avant de rentrer je passerais au Mc Do pour me prendre un énorme menu, puis je prendrais une douche, désinfecterais mes plaies et tenterais de reconstituer la soirée avec mes camarades.
Après une heure et demi de trajet, le taxi s’arrête dans un quartier encore plus glauque et dévasté que l’endroit ou je me suis réveillé et m’annonce fièrement qu’on est arrivés. Je tente alors de lui expliquer qu’on est au mauvais endroit :

«No ! No ! Longue… cou… tchi… lou… Tiaene… rey… bey… lou… ! Not here ! Longue… cou… tchi… lou… Tiaene… rey… bey… lou…

- Dioada Gadadaiha fafdhafdoahfa

- No ! Not here ! Not good place! Me want go longue… cou… tchi… lou… Tiaene… rey… bey… lou…»

On ne se comprend pas, et je vois dans ses yeux qu’il est persuadé de m’avoir emmené à l’endroit que je voulais. Je décide alors de tenter ma chance avec d’autres taxis qui, incapables de comprendre ma prononciation, refusent un à un de me prendre !

Je suis au bord de la crise de nerfs ! Je déteste ce pays, ses habitants, leur langue et surtout leur putain d’alphabet ! Le quartier est pourri, il n’y a pas l’ombre d’un cybercafé et je ne sais toujours pas ou j’habite ! Je me sens comme Tom Hanks dans Seul au monde, sauf que dans mon cas les grains de sable qui forment le lieu de perdition ont été remplacés par autant de chinois !

Je suis désormais à la recherche d’une station de police ou je pourrais trouver de l’aide, une connexion internet, voire même une personne qui parle anglais. Soudain apparait devant moi un panneau publicitaire… le plus beau des panneaux ! Le panneau salvateur ! Le panneau du bonheur ! Le panneau publicitaire le plus bandant du monde ! Ami publicitaire, aucune campagne d’affichage ne m’a autant fait kiffer que cette affiche montrant un gigantesque centre commercial ! Car ce centre commercial je le connais : il est à cinq minutes de voiture de notre appartement ! Une fois là bas je saurais retrouver mon chemin ! Yiiiiiiihaaaaaaaa !!! VICTOIRE !

J’entre dans un magasin et arrive à obtenir un papier et un stylo. Je tente de reproduire l’idéogramme indiquant le nom du magasin, mais les traits sont compliqués et mes mains tremblent. Je retourne dans le magasin et demande de l’aide à la dame, qui sort et reproduit l’idéogramme en deux secondes sans trembler. Quelle dextérité ! Quel maniement du stylo ! Quand je vois des qualités artistiques pareilles j’ai envie de construire des usines et de les remplir de chinois qui peindraient des assiettes à la chaine pour ensuite les revendre à des pigeons en Europe avec la mention "Fait à la main". Je note cette idée dans un coin de ma tête et monte dans un taxi, non sans avoir remercié ma sauveuse ! Je lui suis tellement reconnaissant que je l’embaucherais dans mon usine pour 90€ par mois sans même lui faire passer d’entretien !

Après une petite demi-heure de trajet, me voilà devant le centre commercial. Je reconnais le chemin qui mène à l’appartement et demande au taxi d’avancer afin de me ramener chez moi. Mais Chang refuse ! Chang a dans la main le bout de papier indiquant l’adresse du centre commercial et il tente de m’expliquer que c’est ici, et pas plus loin ! J’indique par onomatopées et signes que je voudrais aller plus loin, mais mon chauffeur me remet devant le nez ce bout de papier. Je comprend qu’on ne va pas y arriver ! Je tente alors une autre méthode : je paye, descend du taxi, puis remonte dedans afin qu’il comprenne que c’est une nouvelle course, et lui demande d’aller tout droit… Ce connard   secoue la tête et me remet le papier devant le nez… Je craque ! Je lui arrache le papier des mains et hurle en chinois "TOUT DROIT" en lui montrant la route. Il s’énerve alors lui aussi et me hurle dessus en ouvrant la porte afin que je sorte ! C’est le geste de trop… je disjoncte :

«CONNAAAAAAAAAAAARD !!! PUTAIN MAIS TU COMPRENDS RIEN !? JE VEUX RENTRER CHEZ MOI !!! JE TE PAYE, TU M’AMENES, POURQUOI TU REFLECHIS!? HEIN !? POURQUOI TU RENDS LES TRUCS COMPLIQUES ALORS QUE C’EST SIMPLE ET QUE J’Y ETAIS PRESQUE ??? JE VEUX RENTRER !!! RAMENE MOI CHEZ MOIIIIIIIIIIII !!!!»

Mes hurlements le mettent dans une rage folle, il me tire en dehors du taxi et se met à hurler lui aussi. Nous nous insultons mutuellement dans nos langues respectives sans même nous soucier du fait qu’aucun de nous ne comprend ce que dit l’autre ! Tant pis ! Ca défoule !

Après des propos qui provoqueraient une mobilisation immédiate d’SOS Racisme, je décide de partir à pied, l’oeil injecté de sang et la bave aux lèvres, prêt à agresser la première personne qui croiserait mon regard. Vingt minutes plus tard je suis face à la porte d’entrée de l’appartement, la larme à l’oeil… mes potes doivent être rongés par l’inquiétude. Je ne sais pas ce que j’ai fais pour me retrouver dans cette situation, mais je suis vraiment un irresponsable et je dois arrêter d’inquiéter mon entourage avec mes conneries.

J’ouvre la porte, mes idiots sont affalés sur le canapé et sirotent des bières en rigolant :

«Bah alors ? T’en a mis du temps pour rentrer !

- Dis donc t’en tenais une bonne hier soir ! T’étais ou?

- J’ai dormi dans la rue… comment j’en suis arrivé là?

- Sérieux !?

- Oui ! Vous ne m’avez pas cherché?

- Bah non, on pensait que t’étais rentré chez une meuf !

- …

- …

- Non… j’ai pioncé sur un trottoir, je sais pas comment je suis arrivé là !

- Roh c’que t’es con ! T’as encore tes deux reins au moins !?

- Et ta virginité anale?

- MOUAHAHAHAHAHAHA !!!!»

Mes potes sont des connards ! Je les déteste ! Je ne peux compter que sur moi même ! Mais une chose reste à élucider :

«Dites les gars, pourquoi est ce qu’il me manque des bouts de front?

-Tu te rappelles pas? Hier t’as voulu t’enflammer les cheveux, debout sur le bar de la boite. Ca a marché mais t’étais tellement arraché que t’es tombé du bar en renversant le verre d’eau qui aurait du te permettre d’éteindre le feu ! Du coup tu t’es complètement cramé. Après tu as disparu et on t’as plus revu de la soirée !»

J’en ai trop entendu, il faut que je me douche, que je mange et que je dorme… Je ne saurais jamais ce qu’il m’est arrivé ce soir là ! Dans ma vie d’étudiant j’ai pris des cuites monumentales dignes des plus beaux clichés sur les élèves d’école de commerce, j’ai fais quelques black out, j’ai vomi, j’ai été lourd… mais je ne m’étais jamais retrouvé dans un état pareil !

Beber, si tu lis cet article, dis moi que tu as mis une pilule bizarre dans mon verre. Après plus d’un an il y a prescription, donc je ne t’en voudrais pas, mais j’ai besoin de savoir !

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"Bon… on saute?" – Brèves d’exits

A quoi peut bien penser un base-jumper avant de s’élancer dans le vide? Quelles pensées habitent son esprit? S’interroge-t-il sur l’utilité de son acte? Voit-il sa vie défiler devant ses yeux? Après tout… il est normal de penser au sens de la vie lorsque l’on affronte la mort ! Vivre à chaque instant le paradoxe de ce sport qui nous impose une prise de conscience de notre fragilité alors que la décharge d’adrénaline qu’il nous procure nous permet, elle, de nous sentir plus fort !

Nan je déconne ! Le base-jumper s’en branle ! Le base jumper est con ! Le base-jumper n’a pas le temps de se poser de questions existentielles car il saute sans trop savoir pourquoi il fait ça, et quand il a terminé il boit des bières au pub du coin jusqu’à ce que l’alcool le couche… puis il se réveille et recommence !

Vous en doutez? Voici un petit florilège des discussions que j’ai pu entendre au bord des exits juste avant un saut :

"On dit «French Fries», pourtant vous les français, vous ne savez pas préparer les frites !

- Bah si ! N’importe quel connard peut faire des frites : tu découpes des patates et tu les fais chauffer dans l’huile !

- Non justement ! C’est ce que tout le monde fait, et c’est pour ça que la plupart des frites sont dégueulasses. En Belgique on détient LA technique. Déjà il y a la taille de la frite ! Il faut découper des bâtonnets réguliers : ni trop fins, ni trop épais, afin d’avoir une cuisson uniforme !

- Ouais…

- Mais le secret d’une bonne frite, c’est la pré-cuisson ! Il faut pré-cuire la patate ! 10 minutes dans l’huile à 140°C ! Ca permet de former une première croute, on laisse ensuite refroidir et APRES seulement on fait la cuisson finale ! C’est pour ça qu’en Belgique on a les meilleures frites du monde ! Tout est dans la pré-cuisson ! Et puis il y a aussi la diversité des sauces : vous vous contentez du ketchup et de la mayonnaise tandis que nous on a l’andalouse, l’américaine et plein d’autres encore !

- Bon… on saute?"

Lauterbrunnen – Nose 3

"Il est magnifique cet exit ! La forêt a un coté mystique : à tout moment on pourrait voir apparaitre une licorne

- Grave ! En plus j’adore les licornes ! Des fois j’aimerais être une licorne.

- Tu pourrais tu sais

- Oui mais j’aime bien être un humain quand même.

- Tu pourrais être un humain le jour et une licorne la nuit !

- Mais graaave !

- Et tu péterais des arcs en ciel !

- Non, mieux : des Skittles !

- Oh ouais ! Putain j’aime tellement les Skittles ! Si tu pétais des Skittles je te suivrais toute la journée la bouche ouverte !

- Et moi je péterais toute la journée pour te faire plaisir !

- T’es trop gentille ! Une vraie amie !

- Bon… on saute?"

Lauterbrunnen – La Mousse

"Tu crois au karma?

- Non, c’est des conneries tout ça… enfin bon, des fois quand je suis sur le bord de l’exit je deviens un peu superstitieux !

- Pareil ! Je suis athée, pourtant l’autre fois j’ai écrasé une chenille et avant de sauter je me suis dis que j’avais perdu pas mal de points de karma ! Je m’en voulais à mort ! J’étais dégouté !

- Mais… tu l’as fais exprès?

- Non, non ! On venait de sauter Dumpster, j’étais sur le chemin du retour et là j’ai senti un truc mou sous mon pied. C’était une chenille qui traversait la route. Ca m’a fait mal au coeur… Pourtant quand j’étais petit j’arrachais les pattes des fourmis et ça me faisait rien… mais là putain je m’en voulait tellement ! Elle était encore vivante mais elle agonisait, du coup je l’ai achevée… Et en l’écrasant j’ai fais une sorte de petite prière pour lui demander de me pardonner… un peu comme dans Avatar tu vois? 

- Nan mais t’inquiète mec, si tu l’as pas fais exprès c’est pas grave ! C’était juste un accident, ça arrive… t’as pas à t’en vouloir !

- Ouais t’as raison… mais quand même ça fait quelque chose !

-Bon… on saute?"

Lauterbrunnen 

"Ca va mec? T’as pas l’air bien !

- J’ai pris une cuite au Horner hier soir… je suis pas très b…EUARRRGH !

- Oh putain ! Tu devrais redescendre !

- Ah non non là ça va mieux ! En fait il fallait juste que je vomisse !

- …

- Non je t’assure t’inquiète ! Je me sens bien !

- Man tu viens de gerber sur l’exit… je suis pas sur que tu sois en conditions pour sauter !

- Si t’inquiète ! C’est bon là ! J’ai vomi, ça m’a libéré du stress et du mal de ventre. J’ai le corps tout plein d’endorphines… ça va le faire ! Mais faut y aller maintenant parce que sinon après je risque de bader !

- Bon, bah… on saute?"

Lauterbrunnen – Nose 3

"J’ai vraiment un pliage de merde…

- Mais non t’inquiète, les suspentes étaient tendues, tout était symétrique, c’est juste ta mise en sac qui était foireuse, c’est pour ça que ton piège a une forme bizarre. Ca va le faire ! T’es sur une antenne avec l’extract’ à la main, ça craint rien une antenne !

- Mmmmh…. J’y vais mais j’ai peur….

- T’inquiète ! Au pire ça s’ouvrira mal mais ça s’ouvrira !

- Bon allez…. 3, 2, …

- Hey tu nous as pas checké avant de partir !

- C’pas grave j’vous check mentalement ! J’ai les mains occupées !

- Comme tu veux… mais saches que ça porte la poisse ! Moi j’le ferais pas… mais vas y !

- Je suis pas superstitieux !

- Ok ! Bon saut !

- Alors : 3, 2, 1…

- …

- …

- Putain tu m’as foutu la trouille avec tes conneries ! Allez j’te check !

- HAHAHA ! Tu vois que t’es superstitieux !

- Ta gueule ! En plus vu ma position c’est plus dangereux qu’autre chose !

- Bon… tu sautes?"

Antenne de *****

"Bon t’es prêt !? Alors on part main dans la main, je dis «3, 2, 1, BASE !», on part à «BASE», on fait trois pas, on pousse, tu cambres comme d’hab’, et tu regardes dans ma direction… cherche pas à te mettre face à moi immédiatement sinon on va se boiter. Contente toi de cambrer et d’avoir le regard vers moi… le mouvement va se faire de lui même !

- Ok ça marche ! Je suis prêt !

- Ok, alors 3, 2…

- Les gars votre saut va être stylé, mais vu de derrière vous faites vraiment PD la main dans la main ! Hihihi !

- Putain mais il a raison ce con ! En plus vu ta taille et ma dégaine je suis sur qu’on dirait que c’est moi qui fait la fille ! Ca craint !

- Ouais c’est pas faux, mais bon de toutes façons c’est juste le temps du départ !

- Moi je pensais que j’allais chopper des meufs avec le BASE et je me retrouve main dans la main avec un rital de 100 kilos ! Ma vie est à chier !

- C’est vrai que ça manque de meufs quand même en Norvège !

- Ouais, des fois la vie ne prend pas la tournure qu’on espérait…

- Bon… on saute?"

Kjerag – Exit 6

"Roberta est parfaite : elle est mannequin, freeflyeuse, BASE jumpeuse ! C’est ma femme !

- C’est vrai qu’elle est bonne ! Avec sa p’tite wingsuit blanche là…. mmmmmmh !

- Un jour je la baiserais !

- T’as aucune chance ! Y’a tous les baseux du monde qui sont déjà sur le coup et y’en a des plus bankable que toi ! Tu la baiseras jamais !

- Si ! Je la baiserais ! Qu’elle le veuille ou non ! Bon… après j’irais en prison c’est sur… mais tu vas voir qu’un jour je la baiserais !

- Euh…. bon… on saute?"

Lauterbrunnen 

"Je sais pas comment tu fais pour chier en pleine nature ! Moi déjà j’ai du mal en dehors de chez moi, alors dans la forêt laisse tomber !

- Mec, pour me payer ce base trip en Europe j’ai bossé 4 mois en tant que moniteur tandem aux US. Et pour économiser un max je dormais dans une tente, du coup je chiais tous les jours dans la forêt ! Et ce qui est bon c’est que si tu chopes la bonne position, le cul bien en arrière, tu n’as même pas besoin de t’essuyer parce que ça sort directement sans frotter sur les bords !

- Franchement respect mec ! Bon… on saute?"

Lauterbrunnen – Dumpster 

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Darwin s’est gourré sur toute la ligne !

Mon éducation et mon style de vie ont fait de moi un pur athée : je crois à la théorie de l’évolution et à la sélection naturelle ! Dieu n’est qu’un ami imaginaire pour adultes ! Mais aujourd’hui j’ai assisté à une scène qui m’oblige à réfléchir sur la pertinence de mes croyances.

Il est 9h du matin et le soleil illumine la merveilleuse vallée de Lauterbrunnen. J’attrape un Snickers, un Coca (le petit déjeuner des champions) et je rejoins ma partenaire de saut pour faire mon 40ème BASE jump. Arrivés au téléphérique qui nous amène à l’exit, je remarque deux autres baseux un peu plus bruyants que la moyenne. Ils font un discours super hardcore sur le BASE devant un groupe de touristes impressionnés. Inutile de gâcher un alcootest pour voir que les deux gars sont ivres morts et que l’un d’entre eux a surement consommé des substances un peu plus agressives qu’une Vodka Redbull. Par respect pour leur vie privée, je ne dirais ni leurs noms ni leur nationalité.

Le plus bourré des deux a de grosses marques sur tout le visage qui témoignent d’un arbrissage récent. Le deuxième a une entaille dans le menton qui doit faire un centimètre de profondeur et cinq centimètres de long, tellement large qu’on a l’impression qu’il a une deuxième bouche. Son T-Shirt est plein de sang, des gouttes coulent encore de la plaie mais il est tellement arraché qu’il ne sent plus rien. D’ailleurs il est incapable d’expliquer comment il s’est fait ça. Il dort a moitié pendant que son pote chante des chansons à la gloire de sa débilité dans le wagon, hurlant de temps en temps qu’il n’a jamais été aussi bourré de sa vie.

Le contrôleur du téléphérique me dit : «J’aime bien les BASE jumpers, mais lui c’est une grande gueule». Pendant ce temps, l’énergumène complimente une femme sur la beauté de ses jambes et ma partenaire de saut sur la perfection de ses seins (j’ai toujours bien su choisir mes partenaires de sauts). Je vois que les gens commencent à le trouver lourd, voir flippant et je leur dis «Tous les baseux ne sont pas comme ça… Lui c’est juste un mec bourré».

Une fois descendus du train, on hâte le pas pour éviter de se taper la marche avec eux. Avant de prendre mes distances je leur dis :

«Be safe»

«We are dude ! We’re not as dumb as we look like !»

«Sure… you’re already S.A.F.E : Stupid And Fucking Extreme»

Sur cette petite touche d’humour, je pars avec Holly vers Nose 3.
On s’équipe tranquillement, on fait nos vérifs, un coup de téléphone à Air Glacier afin de s’assurer qu’on est pas sur la trajectoire d’un hélico et nous voilà partis pour un saut bien cool. On atterrit en sécurité, et là, on aperçoit nos deux alcooliques qui s’apprêtent à partir du High Nose en wingsuit. Je dis à Holly en rigolant «Ne rate pas leur départ si tu veux voir un crash».

Quelques secondes plus tard, les deux idiots nous font un magnifique départ synchronisé et se collent immédiatement le long du mur. Normal… un 2-way alcoolisé en wingsuit c’est pas assez fun : il vaut mieux attaquer en proximity flying, pour un saut bien black death comme on les aime !

Le bonhomme avec le menton entaillé fait un vol parfait et bien maitrisé… on ne peut pas en dire autant de son pote grande gueule : instable comme un newbie à qui on aurait donné une X-Bird, il se balance de droite à gauche à quelques mètres du mur. Je serre les fesses en m’attendant à le voir taper la paroi à tout moment. Au bout d’un énième frôlage de caillou, il engage un virage serré pour s’éloigner de la paroi, perd une hauteur considérable et finit par tirer au ras du sol alors qu’on lui hurle tous «PUUUUUULL !!!». Sa voile à peine ouverte, il s’éclate dans un champ avant même d’avoir eu le temps de chopper ses commandes. Ironie du sort, son orientation à 180° lui a permit de se «poser» dans l’herbe alors qu’il était bien parti pour se vautrer dans la barrière électrifiée.

Je suis tellement stupéfait par l’enchainement de conneries auquel je viens d’assister que je n’arrive pas à stopper le flot de jurons qui sort de ma bouche. Le mec se relève tranquillement, range la voile dans son stashbag et part en direction du village pour aller plier.

Je viens de revoir la vidéo de leur saut, et je suis désormais persuadé que Darwin s’est gourré sur toute la ligne : il n’y a pas de sélection naturelle… il y a juste un dieu qui protège les idiots, et c’est pour ça que la terre en est peuplée !

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